Août 1896 une fabrique de colle à Wattrelos

Une enquête « commodo et incommodo » est lancée en ce début août sur la demande de M. Henri Deschamps concernant l’établissement d’une fabrique de colle à Wattrelos. Des affiches portant le texte d’un arrêté préfectoral en date du 23 juillet réglementant cette enquête ont été apposées ces jours derniers à Wattrelos, Bondues, Croix, Forest, Lys lez Lannoy, Mons en Baroeul, Mouvaux, Neuville en Ferrain, Roubaix, Toufflers, Wasquehal et Willems. Côté belge, Bailleul, Dottignies, Estaimpuis, Evregnies, Herseaux, Leers Nord, Luingne, Mouscron, Néchin et Templeuve ont été informées.

En tête Les Colles du Nord doc BNRx

Cette fabrique de colle gélatine pour apprêts sur tissus serait établie sur le territoire de Wattrelos entre le ruisseau « Le Carihem » et le canal de Roubaix, au lieu dit la Planche Sainte Marguerite.

Une enquête « commodo et incommodo » est une enquête publique et une procédure légale qui « a pour objet d’assurer l’information et la participation du public ainsi que la prise en compte des intérêts des tiers lors de l’élaboration » de certaines décisions administratives relativement locales concernant notamment la plupart des projets de travaux, d’ouvrages ou d’aménagements devant comporter une évaluation environnementale et/ou nécessitant une autorisation environnementale.

On procède ainsi pour des établissements comme des brasseries, tanneries, fonderies, bref tout ce qui peut générer des odeurs désagréables pour l’environnement. Le projet de fabrique de colle va fonctionner avec des morceaux d’os, ce qui va donner après traitement une colle d’origine animale utilisée pour les apprêts dans le textile.

Le fondateur de cette entreprise est Henri Deschamps, lequel n’est pas un inconnu pour les roubaisiens et les amateurs de journaux. Au sortir de sa période militaire, dans le même peloton qu’ Alfred Reboux, Henri Deschamps entre en politique en soutenant en 1877 Achille Scrépel, puis Alfred Motte au Conseil Général. Mêlé par la suite à tous les incidents politiques, il combat avec vigueur les idées collectivistes. Il est élu conseiller d’arrondissement en 1889 et le fut jusqu’en 1892 au moment où la création de trois cantons nécessitèrent de nouvelles élections qu’emportèrent les collectivistes. En février 1893, il crée avec Jules Noyelle une feuille hebdomadaire de combat, le Roubaisien. Il se présente aux élections législatives de 1893 mais il est battu par Jules Guesde et Louis Vienne. Il sera l’un des promoteurs de l’Union Sociale et Patriotique, le parti de reconquête d’Eugène Motte. Le Roubaisien s’interrompt en 1896. Puis Henri Deschamps disparaît un temps de la scène politique.

La manchette du Roubaisien doc BNRx

La création de cette fabrique de colle en 1896 est-elle une reconversion de l’homme politique ? Son entreprise est désormais connue comme la société anonyme Les Colles du Nord au capital de un million de francs. Elle fabrique des engrais, des colles chimiques et des colles gélatines, neutre pour apprêts ou liquide pour encollage de chaînes. Elle se situe à Wattrelos, à deux pas du canal et de la route de Leers. L’homme se marie l’année suivante, en bon industriel rangé.

C’est mal le connaître. Il resurgit en 1906 après l’échec d’Eugène Motte à la députation, et crée un nouveau journal Le Petit Roubaisien, participe à la création de la Fédération républicaine anti-collectiviste. Mais c’est trop d’activisme, il décède d’une crise cardiaque en 1910.

Extrait de Wattrelos fin de siècle 1890-1900 Atemem éditions

La Braderie du Sartel

Le 13 septembre 1896, on annonce la nouvelle édition de la Braderie du Sartel, ancêtre de nos Berlouffes actuelles, qui était encouragée par un subside municipal de 50 francs. Cette fête de charité avait permis l’année passée d’améliorer l’ordinaire des hospitaliers. Les organisateurs (parmi lesquels Henri Lepers, Émile Dubus, Jules Deprat, Jules Théry, Alfred Dubus, Henri Manuel, Jules Bourgois, Jules Motte, Henri Jouret et Henri Nys) frappent à toutes les portes et recueillent des habits de toutes sortes. Mais il n’y aura pas que de l’occasion, on pourra également trouver du neuf : lingerie, cravates, articles de mercerie y seront vendus. Le tout dans des parfums de nougat et de pains d’épice et dans une entraînante ambiance musicale Vers midi, on prévoit le lancement de deux montgolfières pour la clôture de la braderie. Émile Carrette, adjudicateur des droits de place, informe les marchands forains des conditions d’obtention des emplacements.

La rue de l’Industrie (Sartel) Coll Particulière

Le temps ne fut pas vraiment de la partie, à tel point qu’il contraria l’ascension aérostatique. Mais cette braderie fut à nouveau un succès et les vendeurs furent nombreux le long de la rue de l’Industrie (rue Stalingrad). Une chanson lui fut même dédiée, sur l’air du « P’tit Batisse » écrite par Jules Decottenie, dont voici deux couplets:

Vous verrez toute sorte d’vaisselle

Vielles capotes et vieux patalons

Patalons,

Des vieux bidons, des vielles gamelles

Et des bottines à hauts talons

A Boutons

Y a des vieux paraplus d’famille

Capeaux d’paille et capeaux montants

Des vieilles horloges à longues aiguilles

Platines et pelles, bacs au carbon

Bacs au carbon

Enfin mes gins pour in finire

J’pinse que vous acat’rez m’tanchon

Ce tchanchon

L’prix y n’est po élvé pou dire

Ch’est l’chinquième part d’inne demi-franc

D’inne demi-franc

J’demande d’éte un peu raisonnable

Et d’acater autant qu’in peut

Autant qu’in peut

Faut bin des personnes charitables

Pou soulager les malheureux

Les malheureux.

Le même mois, à peu près en même temps, a lieu la petite ducasse, sur la grand-place. Le kiosque en bois a été démonté et remisé dans la crypte de l’église St Maclou pour laisser l’emplacement libre. Il y a là les attractions foraines traditionnelles : tirs, bals, tourniquets, ainsi que quelques exhibitions spéciales comme le grand théâtre Sénéca, des manieurs de fers rouges, des magiciens. Cette fête fait le bonheur des estaminets qui vendent à qui mieux mieux frites et boissons. Le mauvais temps n’a pas ralenti l’entrain de la foule.

Extrait de Wattrelos fin de siècle Atemem éditions

Les courants vagabonds

Mars 1896 Le mystère du téléphone qui brûle

C’est par un début d’après midi de Mars 1896, vers une heure et demie, que des crépitements se firent entendre en même temps qu’une vive lueur apparut autour de la sonnerie du téléphone installée chez les époux Desoubrie et destinée à recevoir les appels en l’absence du personnel municipal. Au même instant, une fumée acre et intense s’échappait des bureaux du secrétariat de la Mairie, qui se trouvait à l’époque dans l’actuelle rue Florimond Lecomte. Toute l’installation téléphonique municipale obtenue à la suite d’une décision du Conseil du 18 Août 1892 fondait littéralement suite à un échauffement subit.

Mairie de Wattrelos en 1896 Collection Particulière

Ce n’est que tard dans la soirée qu’on sut la cause de cet étrange incident. Un fil de traverse soutenant le tramway s’était détaché et avait touché le fil téléphonique, ce qui provoqua instantanément la combustion des deux sonneries et de l’installation entière qui fut détériorée au point qu’elle fut déclarée irréparable par Monsieur Schmidt, chef du service téléphonique venu en Mairie le lendemain.

Monsieur Henri Pollet Maire de Wattrelos rencontre aussitôt la Compagnie des Tramways et celle-ci s’engage à remplacer toute l’installation, ainsi que tous les frais occasionnés par l’incident. Ce contact entre fils eut d’autres répercussions : certains abonnés furent « électrisés » par leur téléphone, ou privés de communication pendant quelques temps. Les employées du bureau central avaient également ressenti les effets de l’incident, en éprouvant une certaine commotion au toucher des plaques. Autrement dit, un certain nombre de personnes manquèrent d’être électrocutées par ce malencontreux contact et par ce qu’on appellera désormais les courants vagabonds. Ce problème amènera la Compagnie des Tramways de Roubaix et Tourcoing (T.R.T.) devant le Conseil de Préfecture à l’occasion d’une action intentée par les P.T.T en 1912, et elle fut condamnée à payer à l’État les dégradations occasionnées par l’électrolyse provenant des courants vagabonds.

Le passage à niveau de la rue Carnot Collection Particulière

Le tramway électrique était tout récent à Wattrelos et ses délateurs étaient nombreux. La ligne fut prolongée du Laboureur où se trouvait le dépôt jusqu’à la Grand Place de Wattrelos grâce à l’ouverture de la rue Carnot en 1894. L’année 1895 vit l’établissement de la voie, qui croisera celle du chemin de fer à hauteur des établissements Leclercq Dupire, et l’apparition des sinistres gibets qui soutiennent les fils électriques, du mot d’un correspondant mécontent écrivant au Journal de Roubaix. Ce dernier écrivait encore le 14 Décembre 1895: si encore le trolley et les traverses étaient convenablement soutenus! Mais depuis de longues semaines toute cette ferraille pend lamentablement à demi-accrochée, un des poteaux ayant été brisé à sa base et le fil n’ayant pas été fixé à son remplaçant.

La Mairie elle même était déjà intervenue pour faire cesser cet état de choses qui se situait sur la Grand Place de Wattrelos avec tous les désagréments et les dangers que présentait cette récente installation électrique. Quelques incidents complètent la liste des méfaits du tramway, qui sont plutôt dus à la nouveauté de son apparition : un cheval effrayé est blessé par le tramway le 7 février, la voiture du tripier bloque la voie et occasionne du retard le 2 Mars, sans compter les chutes des personnes qui descendent en marche, intrépides acrobates ou simplement en état d’ébriété.

Le tramway, comme le téléphone, survécurent à ces incidents. Mais qui pouvait prévoir à cette époque, que la rencontre de ces deux instruments du progrès provoquerait des étincelles ?

extrait de Wattrelos fin de siècle Atemem éditions

Un grand ancien : le Stade Roubaisien

staderoubaisien
Plaque du Stade Roubaisien

La création du Stade Roubaisien remonte à l’année 1896, année qui vit son affiliation à l’Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques (USFSA) fédération nationale omnisports qui éclata en plusieurs fédérations sportives spécialisées dès la fin de la première guerre mondiale. Le Président du Stade Roubaisien, Albert Bonnier, venait à peine d’avoir 16 ans. Le club louait alors une pâture au Pont de Croix, et son siège se trouvait au café Bellevue, à l’angle de la Grand Place et de la rue du Vieil Abreuvoir. Il comptera bientôt plus de cent membres, et s’installera après la première guerre mondiale sur une partie de l’ancien Parc Cordonnier qui prendra le nom de Parc Maurice Maertens, du nom du capitaine de l’équipe première du Stade, tombé au champ d’honneur. Les Stadistes ont construit eux-mêmes l’installation du Parc Cordonnier, se faisant peintres, menuisiers et manœuvres. Arthur Lepers, puis Edouard Toulet seront les présidents du club omnisports qui connaîtra ses premiers succès dès avant 1914…Le Stade Roubaisien fut la première société de France affiliée à la Fédération Française de Football le 9 juin 1919.

Photo Nord Éclair